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Voir & sortir des jeux psychologiques (au travail, au quotidien)

Lors du précédent article, il était question de sortir des conditionnements et notamment de la peur. De se reconnecter à nos désirs, nos besoins afin de clarifier notre vision sur ce qui peut nous nourrir, et pouvoir repasser à l’action.

Pour autant, il n’est pas aisé de réaliser son épanouissement au quotidien pour différentes raisons. L’un des blocages que je souhaite aborder est justement l’attirance de l’être humain à ne pas agir. Il reste dans des jeux psychologiques qui le font souffrir (mais si « confortables » car « en terrain connu »). Alors, comment sortir d’habitudes profondément ancrées ?

Nous n’avons pas conscience de ce qui se passe en nous généralement face aux stimuli extérieurs. Nous agissons par automatismes… et nous pouvons aussi « ne pas agir » par automatisme. J’entends par là que l’immense majorité d’entre nous (je m’y inclus) évitons de prendre la responsabilité de nos émotions, d’assumer nos désirs face aux jugements (si difficiles à encaisser depuis l’enfance). Petit à petit (fable de la grenouille), nous finissons par ne pas prendre la responsabilité de notre vie.

Eric Berne (médecin psychiatre et psychanalyste) a créé en 1958 l’Analyse Transactionnelle (« AT » pour les intimes) afin d’étudier les échanges relationnels. « L’analyse transactionnelle vise à permettre une prise de conscience ainsi qu’une meilleure compréhension de « ce qui se joue ici et maintenant » dans les relations entre deux personnes et dans les groupes » (wikipedia). Il y aborde notamment la notion des « jeux psychologiques ».

L’origine

Plutôt que de prendre le temps de se connecter à soi et identifier ce qui est important pour nous dans notre vie, nous avons adopté l’habitude depuis notre enfance (imprégnation dès 7/8 ans) de réagir rapidement afin de fuir l’inconfort… Il s’agit notamment de réagir face aux jugements moralisateurs des figures d’autorité (généralement, parents et enseignants) : bien/mal, juste/faux.

Notre but premier est de conserver la reconnaissance et l’amour des adultes qui nous protègent. Nous adoptons donc des comportements afin de satisfaire les exigences de ces figures d’autorité qui nous impactent tant durant notre enfance. Quoi de plus normal puisque nous avons appris, malheureusement, à « mériter » leur reconnaissance et même leur amour ? Et cela constitue la base de nos croyances (et de nos souffrances) pour le reste de notre vie… La bonne nouvelle c’est qu’il n’y a pas d’âge pour remettre en question nos croyances et reprendre notre souveraineté !

Les jeux psychologiques, le triangle dramatique (ou triangle de Karpman)

Par imprégnation, enfant, en observant les adultes autour de nous… Nous avons appris 3 rôles : « Victime », « Persécuteur » (ou « bourreau »), « Sauveteur » (ou « sauveur »). Nous prenons inconsciemment l’un de ces rôles pour entrainer les autres dans un jeu psychologique…

  • La victime
    La victime se « fait avoir », se met dans des situations pénibles, se plaint… Elle évite de résoudre son problème par elle-même. Mais comme la victime peut rarement jouer à ce jeu seule, il lui faut une raison extérieure, un partenaire qui servira à donner un sens à ce qu’elle vit. C’est le persécuteur.
  • Le persécuteur
    Le persécuteur critique, fait du mal, se décharge sur son « souffre-douleur » qu’est la victime ; avec l’excuse d’être « mieux que les autres » sur tel ou tel sujet. Le persécuteur voit dans la victime l’occasion, l’alibi, l’excuse, de pouvoir décharger ses tensions, ses frustrations. Cela permet, à lui aussi, de donner un sens à ce qu’il vit d’inconfortable. L’illusion du « pouvoir sur » les autres le rassure.
  • Le sauveteur
    La victime peut alors attirer l’attention d’un sauveteur. Le sauveteur est persuadé que les autres ont besoin de lui et de ses solutions, qu’ils ne pourraient pas s’en sortir sans son intervention. C’est donc du « pain béni » pour lui (« maux-dit », en fait) d’intervenir en toute légitimité. Mais il néglige ses besoins personnels pour se « sacrifier ».

Dans les 3 cas, la « faute », la responsabilité est rejetée sur l’autre. Et c’est bien compréhensible, cela nous soulage tellement ! Mais cela a un prix… Il y a un début à cette pièce, un ou plusieurs rebondissements, et une fin qui est souvent dramatique

Jeux psychologiques et souffrance

Ces rôles ne sont pas statiques. Par exemple, le sauveur peut se mettre à persécuter si la victime finalement refuse son aide. Difficile de supporter que quelqu’un vous refuse le droit de montrer votre valeur et de vous faire aimer alors qu’il ou elle se plaignait une minute plus tôt…

Autre exemple, nous pouvons nous plaindre au travail de notre supérieur hiérarchique pour ensuite « persécuter » inconsciemment notre conjoint-e (ou les enfants) une fois rentré-e à la maison afin de décharger ses tensions de la journée. Cela vous rappelle quelque chose ? 😉

Pourquoi jouons-nous à des jeux qui font souffrir ? Nous jouons pour obtenir les seuls signes de reconnaissance auxquels les figures d’autorité nous ont habitué. Cela se produit lorsque nous nous sentons ignorés ou que, inconsciemment, nous ne recevons pas assez de signes de reconnaissance relativement à nos attentes.

En fait, chaque acteur cherche à répondre à ses désirs/besoins non exprimés (car souvent refoulés dans l’inconscient) et c’est assez souvent, au bout du compte, un besoin de sécurité, de confiance. Nous rationalisons pour justifier notre attitude et éviter de voir le dysfonctionnement général : le jeu qui fait souffrir.

Casser l’habitude

Sortir du triangle dramatique n’est pas chose aisée… mais chaque acteur peut passer à l’action justement, et changer la scène ! Devenir acteur du changement, de son propre changement.

« A chacun d’entre nous il est donné de découvrir qu’en changeant lui-même, il peut contribuer à changer quelque chose dans le monde (…). Chacun d’entre nous doit commencer par lui-même. Si nous devions tous attendre que l’autre commence, l’attente n’en finirait pas. »

(Václav Havel)

Comme toute pratique, la répétition permet d’atteindre l’excellence. Malheureusement, exceller dans un mécanisme qui nous fait souffrir n’est pas enviable. Cette répétition, cette habitude, peut être identifiée, confrontée dans ses incohérences afin de pouvoir mettre en place une nouvelle habitude, bénéfique cette fois-ci. Pas de secret, cela demande de la volonté, du courage et aussi de l’aide (thérapie et/ou coaching). Mais bien avant cela, cela demande… de l’observation !

La clé du changement !

La plupart des courants spirituels ou thérapeutiques, ou parfois de développement personnel, mettent en avant la même clé mais avec à chaque fois un vocabulaire différent. Pour ma part, j’appelle cela « l’auto-observation » : Se tourner vers soi-même et observer ce qui se passe en termes de pensées, d’émotions et de sensations dans le corps.

Mais comme cela est difficile à faire, surtout au début, la première étape à mon sens c’est de commencer par observer son propre comportement. Soyez la caméra qui vous filme et regardez le film, factuellement. Simplement : constater. Ne rien chercher à faire d’autre que « constater ». Sans se juger, se critiquer ou chercher à changer quoi que ce soit pour l’instant. C’est prendre le temps de s’observer, en toute honnêteté vis-à-vis de soi-même, son comportement. C’est le début de : la conscience (savoir qui on est et comment on se comporte)… la porte d’entrée vers son autonomie.

Faire cela est vraiment bien plus puissant que ce que la plupart des personnes pensent… car ils ne l’ont pas expérimenté. Si vous êtes en difficulté, c’est là aussi que le coaching et la thérapie sont appropriés pour vous épauler et reprendre votre puissance, à votre service.

Eric Berne disait à ses patients et dans les séminaires : « Oser comprendre et oser changer, agir. »

C’est sortir de la victimisation, prendre la responsabilité de sa vie en main !

 

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